| La nouvelle est un genre très prisé en Côte d'Ivoire. Jamais une femme ne s'y était essayée. Avec Assamala Amoi, le vide est comblé. |
La Côte d'Ivoire vient de connaître sa première nouvelliste. La nouvelle est un genre très prisé en Côte d'Ivoire. De nombreux écrivains ivoiriens ont publié des recueils de nouvelles. Tous, des hommes. Et jamais une femme n'avait tenté ce genre pourtant lu par une grande majorité de femmes. Avec Assamala Amoi, le vide est comblé.
Assamala Amoi est née le 17 octobre 1960 à Paris. Elle y restera jusqu'à l'âge de 5 ans. Et c'est en Côte d'Ivoire qu'elle fera de brillantes études primaires et secondaires. En 1979, elle obtient son baccalauréat, puis quatre ans plus tard une maîtrise en littérature britannique. Depuis 1984, Assamala Amoi est professeur d'anglais.
Elle avoue sincerement être venue à l'anglais un peu par hasard. Mais depuis, elle a compris que cette langue ouvre beaucoup de perspectives. Sur le plan professionnel, le cadre qui connaît l'anglais aura plus facilement une promotion. Il peut faire des stages en Angleterre, aux Etats-Unis. "Et puis on ne sait jamais, où on peut vivre. A l'étranger, on gagne beaucoup plus d'argent que chez soi. Et puis parler une autre langue est intéressant sur le plan des contacts humains. Je lis beaucoup en français, mais énormément en anglais. Je découvre directement les auteurs britanniques, américains, australiens sans passer par la traduction".
Le goût d'Assamala Amoi pour la lecture remonte très loin. Depuis son enfance, elle adorait lire. Après chaque livre dévoré, elle racontait l'histoire à sa façon. "C'était une autre façon de réécrire l'histoire". Avec "Impasse", publié aux Editions Ceda, elle écrit son premier livre, c'est un recueil de 8 nouvelles (Impasse - Cher professeur - Kanga - Jeux de lumière - Ordinateur du coeur - Bal masqué - L'envers de l'auréole - Bonne fête Maman).
Publié dans la collection Ceda fiction, le livre comporte 94 pages. Dans "Impasse", Assamala Amoi nous plonge dans des situations assez délicates, des problèmes. De même que la réaction de gens qui se trouvent dans l'angoisse, l'anxiété, la résignation ou la révolte.
Des femmes qui attendent un enfant
Dans la plupart des nouvelles de ce recueil, les femmes attendent un enfant. Nous avons voulu savoir si Assamala en attendait un aussi. Enfin, un rire! "Non. Je n'attends pas d'enfant. Je n'en ai pas. J'estime que dans une oeuvre, quand on parle d'une femme et d'un homme qui attendent un enfant ou qui ont des enfants, l'oeuvre devient assez vivante". L'auteur aimerait avoir trois enfants au maximum, afin de pouvoir leur consacrer le temps qu'il faut "parce que faire beaucoup d'enfants; ça coûte cher". Elle connaît déjà le père de ses futurs enfants. Elle en est passionnément amoureuse. "Il est mon idéal. Quelqu'un de très tendre avec moi, qui aime faire du sport avec moi. C'est un complice". L'heureux élu n'est pas un enseignant.
Les hommes se méfient des intellectuelles
Les enseignantes, souvent des intellectuelles, ont d'énormes difficultés avec les hommes. Certaines nouvelles d' "Impasse" nous le montrent. Pour le professeur d'anglais, "Les hommes se méfient des intellectuelles parce qu'ils s'imaginent à tort qu'elles les menacent d'une certaine façon. Elles les menacent je dirai psychologiquement. Je pense que quand un homme a affaire à une intellectuelle, il est obligé de se surpasser d'une certaine manière parce qu'il sent que celle qui est en face de lui peut le pousser à se remettre en question. Or, se remettre en question est un effort à faire sur soi-même. Et je pense qu'en général, l'être humain est un peu paresseux. Les hommes ressentent l'existence de ces femmes intellectuelles comme un défi. Ces femmes échouent parce que les hommes pensent qu'elles cherchent à les dominer. Au contraire, elles essaient de les comprendre, de les soutenir, de partager leur vie. Ils s'imaginent que ces femmes qui veulent partager leur vie de façon totale sont des intruses, des dominatrices. Les hommes ne supportent pas que la femme discute leur décision. C'est très mauvais de parler de couple en rapport de force. Le mari est le chef de la famille, cela ne signifie pas le despote, le tyran. Quand le mari se trompe, la femme doit lui dire, tu fais fausse route".
Trouver le temps d'écrire
Assamala Amoi estime que la participation des femmes africaines à la création littéraire permet d'avoir un autre regard. Autrefois, les hommes décrivaient les sentiments des femmes. Depuis quelques années, la situation évolue heureusement. Toutefois, de nombreuses femmes, qui ont la possibilité d'écrire, n'osent pas aller jusqu'au bout de leurs possibilités. Les raisons?"Les femmes qui écrivent sont toujours un peu plus critiquées que les hommes. Et puis une autre raison, la bonne marche de la maison repose sur la femme. Même si elle a les idées pour écrire, elle n'a pas le temps matériel de s'exprimer, le temps matériel de développer cet aspect de leur personnalité". Et pourtant reconnaît l'auteur d' "Impasse", les femmes font maintenant beaucoup moins d'enfants. Les femmes travaillent, les hommes deviennent compréhensifs. "S'ils savent qu'une femme écrit, ils acceptent qu'elle prenne quelque temps pour écrire". Célibataire pour le moment, Assamala Amoi trouve le temps d'écrire. Elle a actuellement un roman en cours. "J'ai des idées aussi pour d'autres romans".
En dehors de ses cours et de ses livres, Assamala Amoi aime écouter de la musique. C'est sa distraction favorite. Elle préfère la biguine, le hig life, le jazz et le funky.
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