LIGUE DE SOLIDARITE DES FEMMES
HANDICAPEES DU CAMEROUN
(LI. SO. F. HA. C)

B.P. 13144 Yaoundé, Cameroun

'Echo No 5'

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Eh bien voilà, encore 12 mois pleins d'activités se sont écoulés avec des joies et des peines, des sourires et des larmes, des résultats positifs et négatifs. Comme partout dans le monde, la LISOFHAC n'a pas échappé à la règle...

- Ça ! Mesdames, nous connaissons votre caractère volubile, avant que vous nous rappeliez votre : <<ce que femme veut, Dieu le veut>>, dites-nous ce que ce Bon Dieu qui vous écoute souvent vous a encore permis cette année.

- Merci Monsieur. Votre humour nous touche profondément. Sans tarder, nous vous donnons le plaisir de découvrir notre rapport d'activités pour l'année qui s'achève.

RAPPORT D'ACTIVITES 1998

SOMMAIRE

I - Bilan d'activités:

II - Difficultés
III- Conclusion, remerciements et suggestions

Le bilan financier fait l'objet d'un document à part qui peut être présenté à qui le sollicite;.

I - Bilan d'activités

A - LES RENCONTRES

Les cinquante (50) membres de la LISOFHAC se rencontrent chaque dernier samedi du mois de Janvier à Novembre; et en Décembre ils choisissent un samedi à leur convenance pour célébrer la fin de l'année.

Au cours de leur retrouvailles ils posent de nombreux actes sociaux ayant pour but de répondre aux besoins des uns et des autres.

La LISOFHAC a participé au niveau national à des journées Internationales telles que la journée internationale de la femme, à la journée mondiale des personnes handicapées, et à la présentation du rapport de l'UNICEF sur la situation des enfants dans le monde en 1999. Cette dernière a été organisée sur invitation de son Excellence Mme l'Ambassadeur d'Israël au Cameroun. A cette occasion nous avons remis aux responsables de l'UNICEF au Cameroun notre rapport d'activités de 1997.

B - LES INTERVENTIONS SOCIALES

Dans le souci de subvenir à nos besoins, nous avons ouvert des caisses que nous alimentons chaque jour de rencontre. Elles sont les suivantes:

B.1 - La caisse secours. Chaque membre a mis 200F par mois et nous avons pu totaliser ainsi 106 000 F. Il faut remarquer qu'un sympathisant qui était content d'apprendre l'existence d'une caisse pareille a donné 5 00 FCFA pour nous encourager. Cette somme a servi pour payer les frais médicaux de deux membres de l'association qui étaient hospitalisés. On a aussi aidé une dame handicapée qui a perdu son mari.

B.2 La caisse personnelle a servi d'épargne pour les membres de l'association avec l'avantage de faire des crédits remboursables à taux d'intérêt de 5%. Dans cette caisse nous avons réuni une somme de 312 150 FCFA. (Seuls les membres de la LISOFHAC étaient autorisés à prendre les crédits afin d'éviter les abus).

B.3 La caisse ration a servi aux festivités de fin d'année pour les membres. Elle nous a donné la somme de 78 000 FCFA. Et la fête fut belle!

B.4 La cotisation du savon et des allumettes a connu son succès d'entant. Chaque membre a obtenu 12 morceaux de savons de 400g et 12 paquets de 10 boîtes d'allumettes. Ceci suivant un calendrier.

B.5 La caisse LISOFHAC a été ouverte pour faire le suivi des activités du centre. Chaque membre devait mettre ce qu'elle possède à partir de 200F. Elle a encaissé une somme de 100 800 FCFA.

B.6 Nous avons placé 5 enfants nés de parents handicapés dans des écoles et collèges : 3 à l'école primaire de Nsimalen; à l'Institut Catholique Père Monti et l'autre au centre de formation en informatique à Promhandicam. Certains de ces cas ont bénéficié de la moitié des frais.

B.7 Nous avons trouvé un parrainage scolaire à 8 enfants nés de parents handicapés.

C - LE CENTRE DES OEUVRES DE LA FACE SACREE

Il est toujours en construction bien qu'étant fonctionnel. Comme vous le savez, il comprend 3 unités: l'unité de rééducation fonctionnelle, l'unité de formation et production et le foyer d'accueil.

C.1 L'unité de rééducation fonctionnelle:

42 cas ont été rééduqués parmi lesquels 22 enfants et 20 adultes dont:

A la demande des responsables de la Fédération Nationale de Associations des Handicapés du Cameroun (FENACHCAM) au niveau national, nous sommes allées visiter les malades et des handicapés dans un village nommé Balamba sur la route de Bafia. C'était des personnes très démunies, sans moyen de se rendre en ville pour consulter un médecin. Nous avons vu en tout 26 cas souffrant de maladies rhumatoïdes. Nous leur avons prodigué des conseils diététiques ayant pour objectif la prévention d'éventuelles crises.

C.2 L'unité de formation et de production

- 12 jeunes ont été formés en artisanat textile et en éducation civique parmi lesquels 6 handicapés (5 filles et 1 garçon), 4 jeunes filles nées de parents handicapés et 2 jeunes filles valides de parents valides, mais très démunis.

Au cours de leur formation, ils ont réalisé les articles suivants:

Ici, nous butons toujours contre l'éternel problème d'écoulement des articles.

C.3 Le foyer d'Accueil

Nous avons accueilli 63 personnes. Certains (59) sont venus pour bénéficier des services ; d'autres (4) pour en offrir : Mademoiselle Wos Véronique de nationalité belge a donné des cours de français et de mathématiques à l'unité de formation; Gilles et Catherine Vanlil de l'ONG Quartier Jeunes (Bruxelles) sont venus prêter main forte pour les travaux de construction; Anne-Sophie Corthay de l'Association Métissage (Suisse) a particpé à divers travaux au centre.

La grande difficulté que nous avons eue ici était de nourrir tout ce monde, de veiller à leur santé et à leur bien-être. Le manque d'eau a été un grand préjudice.

L'encadrement, la formation, la rééducation fonctionnelle et les soins étaient assurés par onze personnes de formations différentes.

C.4 Les Travaux de construction

La construction du Centre est progressive : en 1994, lorsque nous avons commencé à fonctionner, il y avait un seul bâtiment. Quelques temps après et par rapport aux besoins, nous avons entrepris la construction du dortoir avec des briques de terre aux murs et du raphia au toit. Cela nous a permis d'accueillir les premiers résidents. En 1995, nous avons remplacé le raphia par de la tôle ondulée grâce à l'appui des Associations de charité de Saint Vincent de Paul. Nous faisons la cuisine dans un hangar, il n'y avait pas de salle commune. En 1997, nous avons fait crépir le dortoir, et mis sur pied la cuisine et la salle commune; ces deux salles ne sont pas crépies, mais elles nous permettent de nous mouvoir aisément. Au cours de l'année 1998 donc, des jeunes belges organisés en association, nous ont fait démarrer les travaux de fondation de la construction de l'unité de formation qui sont actuellement finis. Pour aller au bout de ces travaux de fondation, nous avons fait appel à la Fédération Nationale des Associations des Handicapés du Cameroun. A tout Seigneur, tout honneur : grâce à la FENAHCAM, nous avons pu acquérir certains matériaux auprès de certaines sociétés : Eccam Placage à Mbalmayo et Cimencam à Douala. Nous faisons remarquer que la FENAHCAM a touché beaucoup de sociétés. Seules ces deux maisons ont répondu.

C.5 La parole aux usagers du Centre

Je m'appelle NGBWA Jeanine; je suis la doyenne du centre. C'est pour cela que je prends la parole la première. Je suis venue ici en sautillant sur une jambe, à l'aide d'un bâton. J'avais 16 ans quand je suis venue. Comme je suis de petite nature, j'avais l'air d'un enfant de 9 ans. Mon père et la religieuse (Soeur Marie Agathe) qui m'ont accompagnée disaient qu'on pouvait peut-être encore faire quelque chose pour ma jambe. Personnellement, je ne pensais à rien. Je n'avais jamais su qu'un jour je pourrais marcher. On a donc commencé à tirer la jambe qui était pliée. Ça faisait très mal. Après un an de travail, et de douleurs à supporter, la jambe était tendue. J'ai commencé à marcher. Actuellement j'apprends à travailler manuellement, c'est-à-dire broder, tricoter, coudre. Tenez-vous bien, je fais déjà de belles choses!

Moi, je m'appelle Marie Pélagie BETEH. J'aime qu'on m'appelle Pélage. Je suis venue ici parce que mon pied droit était très malade, seuls les orteils se posaient par terre et je prenais appui au genou. Cela me gênait beaucoup. Quand je mettais une belle robe, c'était comme ça, je ne me sentais pas à l'aise. Mon père m'a dit que cela m'est arrivé après la mort de maman, quand j'avais un an. Il n'avait pas le temps pour m'amener à l'hôpital. Il devait travailler dur pour nourrir mes frères et moi. Ici, on m'a redressé la cheville; c'était très douloureux. Je marche actuellement sans tenir le genou. Seulement je ne pose pas complètement le pied au sol. Il semble qu'il faut opérer. Mais alors, il faut des moyens, ni mes parents, ni le centre n'en ont. Ici j'apprends beaucoup de choses : coudre, tricoter, broder et surtout j'apprends à m'occuper des autres. Cela me plais beaucoup. Je voudrais donc demander aux personnes qui liront ces lignes de passer nous visiter et aussi d'aider les responsables du Centre parce qu'ils manquent de moyens. Merci de votre attention.

Moi je suis DANRA David. On m'appelle aussi Roger Milla parce que je jouais beaucoup au football lorsque j'étais en bonne santé. Si vous arrivez dans ma chambre, vous verrez plein de coupes du monde et des affiches. En fait je suis ici au centre depuis deux ans aujourd'hui à cause des choses qui peuvent arriver dans la vie sans qu'on s'y attende.

Oui c'est comme ça, dans la nuit du 22 Décembre 1996, je discutais chaudement avec les amis et je ne sais pas ce qui s'est passé, je me suis seulement retrouvé à l'hôpital avec un corps qui n'était plus le mien 2 ou 3 semaines plus tard. Je ne pouvais plus bouger les jambes, ni tourner seul, d'autres personnes me mettaient la nourriture à la bouche, et pire encore : j'avais d'énormes plaies dans les fesses et sur les jambes, des plaies qui ne faisaient pourtant pas mal, mais qui sentaient très fort. A l'hôpital quand on me faisait les pansements, on portait des cache-nez. Cela me donnait l'impression que j'attendais seulement la mort. C'est là-bas donc, je veux dire à l'hôpital qu'on m'a appris qu'on m'avait poignardé dans le haut du dos, et qu'on avait opéré deux fois, et que c'était la deuxième fois seulement qu'on avait pu retirer la lame qui s'était cassée à l'intérieur. Les Missionnaires italiens (P.I.M.E.) qui m'ont transporté à l'hôpital et qui continuent à s'occuper de moi m'ont alors conduit ici depuis le 19 Février 1997. Depuis on a commencé à me faire de la rééducation, ce n'était pas facile. On m'a réappris à tout faire, on m'a soigné les plaies, vous savez avec quoi? Avec des oignons ! Oui des oignons de cuisine. Vous ne trouvez pas cela drôle? Moi au début, j'avais l'impression d'être une bonne viande prête pour la cuisson, mais voyant l'évolution qui n'a pas tardé, j'avais pleinement confiance. Mais alors ça fait mal, très mal. Ouf, tout s'est bien termineé. Actuellement, je marche et je dis MERCI. A la fin, j'attire l'attention de toutes les personnes sur ce qui se fait ici pour les personnes comme moi, qui n'ont pas de famille et qui sont malades, je leur demande d'aider les responsables du centre à faire mieux. Salut les cops!

Je m'appelle BENGONO Chouchou Lydie. Je suis sourde. Quand je parle, on ne me comprend pas bien et cela me gêne parce que j'ai beaucoup de choses à dire. Jeanine a dit tout à l'heure que c'est elle la doyenne ici. Ce n'est pas vrai. C'est moi la doyenne puisque je suis venue ici l'année même qu'on a ouvert. Quand le prêtre faisait le messe dehors, j'étais là. C'est après alors qu'on a commencé l'apprentissage.
Je n'avais jamais été à l'école, mais j'étais déjà grande lorsque ma grand mère m'a amenée ici. On a alors commencé à m'apprendre à coudre, à tricoter et à broder. Je travaillais mieux que les autres qui savaient lire. Maintenant je viens de temps en temps apprendre aux autres comment travailler. Vous ne trouvez pas que j'ai gagné? Il faut dire aux jeunes de venir beaucoup, moi même je vais leur apprendre parce que je connais. Au revoir.

Moi, je m'appelle BEDIBI Marie Claire. Mon père est aveugle, il a seize enfants. Nous habitons dans les villages qui sont derrière l'aéroport. Pour arriver ici nous traversons la piste et nous voyons les avions. Lorsque j'ai eu mon CEPE il y a deux ans, la petite soeur de ma mère, donc ma tante est venue me chercher pour m'amener en ville. Elle m'a mis dans un atelier pour apprendre la couture. Là-bas il fallait verser 5 000F tous les mois, au début, c'est-à-dire les deux premiers mois, ça a marché, mais après il n'y avait plus d'argent. La dame de l'atelier ne me montrait rien, pourtant j'allais chaque jour. Après, mon père est venu me chercher. Nous sommes venus au village. Et cette année, mon père m'a inscrite ici où j'ai déjà appris beaucoup de choses en peu de temps. Je sais déjà pédaler à la machine, je sais déjà faire des pull-over pour les bébés et je connais beaucoup de points de broderie. Mes parents et moi sommes très contents.

Moi, je m'appelle Agnès BOUM. Je suis contente d'être ici. C'est le chez moi. Bonjour à tout le monde.

Je m'appelle Sophie. J'ai mal à la tête. J'étais d'abord à Jamot. La Soeur Andréa et l'autre Soeur dont je ne connais plus le nom m'ont alors amenée ici. Je suis là avec les autres. Je fais des colliers. C'est moi-même qui ai fait celui que je porte maintenant. J'aime ça. Puis j'aime préparer le manioc ou le riz... c'est bon. Je veux le lait pour prendre le matin, mais il n'y en a pas. Au revoir.

Je m'appelle MEZANG Etienne. J'ai 21 ans. J'étais à Lomié, puis un matin du 4 novembre 1998, en me réveillant le matin, ma face était déformée, un oeil ne se fermait plus, l'oeil et le nez du même côté étaient inertes. On m'a raconté des drôles d'histoires : que les sorciers m'avaient mangé... J'ai vraiment eu peur. C'est alors que mon frère m'a amené ici. Les responsables m'ont amené d'abord voir un médecin en ville, qui a demandé des examens et a dit de faire de la rééducation. Curieusement ici a commencé le traitement avec l'argile, ce que je n'avais jamais imaginé avec d'autres exercices et voilà, ça va mieux. Ma soeur est venue me voir l'autre jour et elle était étonnée du succès rapide du traitement. Je suis très content et de temps en temps je donne un coup de main aux autres et cela me plait beaucoup.

Je m'appelle DOUMOU Suzanne. J'ai 18 ans. Je ne suis pas infirme, ni mes parents. Mais dans ma famille nous apprécions le travail qui se fait ici, c'est pour cela que je suis venue m'inscrire pour bien apprendre. Le trimestre dernier, j'étais externe mais voyant les besoins de service qu'il y a, j'en ai parlé à mes parents et ils ont accepté que je vienne habiter là. Ma mère est restée avec mon bébé de 2 ans. L'autre nuit Sophie est tombée gravement malade, il fallait la conduire à l'hôpital. Nous sommes partis. Le matin, elle allait mieux et moi j'étais fière d'avoir rendu service. Je demande seulement aux personnes qui ont les moyens et au Gouvernement d'aider le Centre. Merci.

Je suis DZINGA Solange. J'ai 34 -35 ans. Je suis paralysée d'un côté, j'ai aussi des hématies falciformes. Je ne sais ni lire, ni écrire, ni même faire quelque chose d'autre en dehors de manger, parler, me déplacer. (Excusez-moi, si vous voyez des larmes dans mes yeux). Mes parents m'ont soignée quand j'étais enfant, ils m'amenaient à l'hôpital. On attendait du jour au lendemain que je meurs. C'est pour cela qu'ils ne m'ont pas mise à l'école. Et maintenant, ils disent que je suis sorcière et ils ne peuvent plus me sentir. Mes parents étant séparés, chacun trouve que je vais tuer ses enfants sains lorsque je vais chez lui. Lorsque je suis chez un de leurs proches parents, on me montre du doigt en disant que c'est la grande sorcière. Je suis alors venue ici où on m'a accueillie. On a même commencé à m'apprendre à utiliser ma main. On m'a fabriqué un petit métier et je fais des écharpes, bientôt même je ferai des pull-over pour adultes et des robes. Je sens que je suis aussi une personne comme les autres. Je dis à toutes les personnes qui ont les possibilités d'aider le Centre qu'elles continuent à aider les malheureux, les abandonnés, les oubliés, je dirais les sorciers.

Je m'appelle Laurent. Je souffrais d'un mal de dos de longue date. Un jour, je suis allé au Centre des oeuvres de la Face Sacrée. J'ai vu Madame BESSOMO, elle avait 2 stagiaires : une Suissesse venant de l'école d'ergothérapie de Lausanne (Patricia), et une Camerounaise (Suzanne) qui travaillait avec elle. Elle m'a prescrit quelques séances de rééducation. Par la suite elle m'a fait voir le Professeur Camara au CNRH (Centre National de Réhabilitation des Handicapés). Celui-ci a approuvé le traitement et félicité les méthodes utilisées, à l'exemple du sable chauffé qui remplaçait les infra rouge. Cet exercice m'endormait profondément chaque fois que je l'avais au programme. Après un certian temps, je me suis remis.
Ayant vu ce qui se fait au Centre, j'ai décidé de donner des coups de main de temps en temps quand je peux, je fais surtout les courses à l'extérieur. Pour terminer, je lance un appel à tout le monde, leur demandant de faire quelques gestes qui puissent sauver le Centre, d'une manière ou d'une autre. Nous devons entretenir cette flamme, nous en avons besoin. Merci.

Moi, je suis ABADA Germaine, je suis la mère de la petite BISSA Thérèse. Je viens d'un village près de Mbalmayo. Ma fille est née le 31 Juin 1996. Elle n'a pas crié à la naissance. On a dû la réanimer pour qu'elle survive. Je l'ai alors portée pendant 2 ans et demi sans que sa tête tienne seule, sans se tourner au lit, ni s'asseoir, ni ramper. Elle ne faisait rien d'autre en dehors de manger. Un jour que j'étais au marché à Yaoundé, vendre les vivres; les femmes ont commencé à plaindre mon sort. Une dame qui connaissait le centre d'Ekoko m'a suivie et m'a appelée de côté, puis elle m'a conseillé de venir ici. Ce que j'ai fait le lendemain. Les résultats n'ont pas tardé. Ma fille était comme un petit poulet, comme si elle n'avait même pas de chaire, et je l'avais déjà conduite un peu partout. Actuellement, ma fille va à 4 pattes, et elle se tient partout sur les objets. Quand on est à la plantation, elle voudrait même déjà grimper sur les bouts de bois. Cela fait seulement 3 mois que nous venons, 2 ou 3 fois par semaine, elle joue actuellement avec ses frères et soeurs.
Je voudrais dire aux gens de ne jamais négliger les conseils qu'on peut vous donner. Si tu as un problème, parles-en autour de toi et tu trouveras de solutions. Que toutes les mamans qui ont des enfants que les gens appellent <<serpent>>, comme on disait du mien, les amènent ici. Elles auront de bons résultats. On va d'abord les rassurer que leurs enfants ne sont pas des serpents. C'était le premier remède qu'on m'a donné et cela m'a personnellement remonté le moral.

Je m'appelle MEKOU Robeline. Je viens d'Akonoinga, à plus de 100 Km d'ici. Je suis venue pour apprendre à coudre, à tricoter et à broder. Je donne aussi un coup de main aux personnes qui sont dans le besoin. Etant donné que mes parents n'ont pas d'argent pour payer ma formation, l'aide physique que je donne au centre remplace les frais à payer. J'ai seulement des difficultés pour mes besoins personnels. Je demande à toutes les personnes de venir aider le centre. J'espère qu'elles viendront. Merci.

II - Difficultés

Les difficultés sont celles du centre. Elles sont à tous les niveaux : du manque de locaux appropriés aux outils de travail.

A l'unité de rééducation fonctionnelle, il n'y a pas de local approprié. Les quelques outils de travail sont à l'extérieur, ce qui gêne le bon déroulement des travaux en saison sèche et en saison des pluies.

Il n'y a pas de salle, ni d'outils appropriés pour soins infirmiers. Les choses sont traînées à la main d'un endroit à un autre.

A l'unité de formation, un autre problème se pose avec acuité : les jeunes éprouvent le besoin de se présenter aux examens. Cela renvoie donc au besoin d'enseignants pour les matières comme le Français, les Maths, la Puériculture, la cuisine. Parce que la formation que nous donnons entre dans l'Economie Sociale et Familiale.

Par ailleurs, ces jeunes sont issus des familles très démunies, n'ayant même pas de moyens de subsistance, donc ils ne peuvent vraiment pas payer leur formation, malgré leur bonne volonté.

Les personnes qui assurent le travail le font jusque là à titre bénévole. Certains reçoivent juste un sous de motivation. Pour cette raison, nous sommes soumis aux abandons malgré nous. Au vu de l'ampleur que nous prenons, il faut du salaire pour le personnel permanent et temporaire, malheureusement les cas que nous avons sont purement sociaux. Ils ne peuvent pas payer leurs services convenablement. Nous ne pouvons pas les abandonner dans cette misère.

III - Conclusion, remerciements et suggestions

Malgré ces difficultés, nous sommes résolues à aller de l'avant. Nous remercions toutes les personnes qui nous ont assuré de leur soutien tout au long de l'année. Nous pensons au Révérend Père Emmanuel Amen de Nsimalen qui a été attentif toute l'année aux problèmes du centre, aux Soeurs Marie Pierre et Andréa qui ont toujours répondu à nos appels pour les besoins de santés des cas compliqués; ces trois personnes remuent ciel et terre pour trouver un organisme qui accepte de financer le projet "Eau" du centre. A Mademoiselle Wos Véronique de Belgique qui a passé 6 mois au centre en assurant les programmes de français et de mathématiques; à Gilles et Cathy et tous les membres de Quartier Jeunes (Bruxelles) qui sont venus étudier les voies et moyens pour la construction de l'unité de formation et qui ont fait démarrer les travaux de fondation; à la Fédération Nationale des Associations des Handicapés du Cameroun qui a contribué à la recherche des moyens pour les dits travaux, à Eccam Placage à Mbalmayo qui nous a aidées avec du bois de construction et à Cimencam à Douala qui nous a aidées avec du ciment; à Mademoiselle Anne Sophie Corthay et à l'Association Métissage de Suisse qui son venues connaître nos difficultés, pendant leur séjour, Anne Sophie a participé activement à l'encadrement des malades; à son Excellence, Madame TOVA Levy Furman, Ambassadeur d'Israël au Cameroun qui a assuré personnellement le petit déjeuner des résidents ainsi que la lessive pendant tout le mois de décembre et les a gavés de pâtisseries et de boissons à Noël; à tous les membres de la LISOFHAC qui ne cessent de déployer des efforts pour faire fonctionner le centre.

Nous interpellons particulièrement au niveau national, le Ministère de l'Education Nationale, le Ministère de la Jeunesse et des Sports, le Ministère du Travail, pour l'affectation des enseignants et des encadreurs d'une part, et d'autre part au niveau international, nous interpellons l'UNICEF, l'OIT, l'UNESCO, et le PNUD, pour qu'ils nous aident à résoudre certains de nos problèmes.

Nous lançons un vibrant appel à toutes les personnes animées du respect de l'être humain de nous aider à aller de l'avant. Leur contribution, quelque minime soit elle est un pas vers l'évolution des êtres en difficulté. Nos portes sont ouvertes à tous.

Nous les attendons.

Merci de votre bienveillante attention.

Monique Bessomo
Présidente de la LISOFHAE
et Directrice du Centre des oeuvres de la Face Sacrée.


"Echo no 2" ; "Echo no 3" ; "Echo no 4" ; Monique Bessomo ; Centre des Oeuvres de la Face Sacrée .
1998 - Adresse de cette page: [http://www.arts.uwa.edu.au/AFLIT/BessomoLigue5.html]