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Diarra Oumou Armand Sangaré

Globalisation et Identité :
Communication de Diarra Oumou Armand Sangaré, écrivaine malienne
Conférence Internationale des Femmes écrivains Noires « Yari Yari Pamberi », Centre Kimmel, Université de New York
12-16 Octobre 2004.


Permettez-moi tout d'abord de remercier les professeurs Jayne Cortez et Manthia Diawara pour m'avoir donné l'opportunité de faire une communication à cette Conférence Internationale sur les Femmes écrivains. D'entrée de jeu, je salue les organisateurs de cette initiative, initiative qui permet aux femmes d'Afrique, d'Amérique, et de la diaspora d'échanger leurs idées sur le thème de la globalisation.

La globalisation est un système qui touche et bouleverse l'économie, le social et le culturel de tous les pays. Ce qui nous intéressera aujourd'hui c'est l'impact de la globalisation dans le domaine de la culture. En effet, le domaine de la culture est aussi sujet aux transactions commerciales : Alors, la globalisation pourra-t-elle préserver l'identité culturelle ? Cette interrogation est celle que l'élite intellectuelle se pose aujourd'hui sur la protection de l'identité culturelle.

L'ère de la mondialisation avec son corollaire de libéralisation du Commerce International est supposée donner une dimension globale, ouverte à la culture, tout en supprimant les barrières culturelles entre les Etats. Toutefois, ce processus nécessite la mise en place de règles de jeu qui font que les droits d'auteurs sont respectés, la recherche, la création artistique et les innovations sont mieux protégées. C'est là tout l'enjeu des négociations du cycle d'Uruguay. Et c'est dans cette perspective que la propriété intellectuelle est incluse dans ces accords car elle doit être en principe assimilée à un ensemble de règles régissant le commerce et l'investissement dans le domaine des idées et de la créativité, les droits de propriété comme le droit d'auteur, les brevets, les dessins, les modèles industriels doivent être protégés lorsqu'il y a échanges commerciaux. Mais au delà de ces droits exclusifs consacrés par l'Organisation Mondiale du Commerce concernant la propriété intellectuelle l'on est en devoir de se poser des questions existentielles concernant la culture :

La globalisation peut-elle préserver l'identité culturelle ?

La diversité culturelle est elle remise en cause ?

La globalisation vise à assurer la libéralisation des biens culturels en leur donnant une valeur marchande et à promouvoir la recherche et la création. Mais dans l'évolution actuelle du monde, il existe des cultures dominantes qui conquièrent de plus en plus d'espace. Tel est le cas de la culture anglo-saxonne.

Les raisons sont multiples :

D'abord parce que la langue anglaise s'est imposée comme une langue dominante dans le monde, par son dynamisme et par le fait que d'immenses moyens sont mis pour la création d'œuvres artistiques, littéraires, filmées...

Certaines cultures sont restées minoritaires parce qu'elles sont véhiculées par les langues orales et sont restées sous l'emprise de la Tradition, les privant ainsi de bénéficier de cet élan de créativité et d'enrichissement.

D'autres facteurs jouent contre la promotion de ces cultures minoritaires. L'exemple le plus perceptible est dans le domaine de la littérature et des productions artistiques : la rareté des maisons d'Editions, des maisons de production, est un des obstacles courants qui empêchent les hommes de lettres et les artistes de s'épanouir dans leur pays.

Cause de ces obstacles : manque de moyens financiers et matériels.

Conséquence directe : les nouveaux auteurs et les producteurs ont beaucoup de peine à se faire connaître. La libéralisation a donc comme conséquence que les auteures des pays dits minoritaires sont moins connues par rapport à celles des pays anglo-saxons. Et s'il n'existe pas de mesures en faveur des cultures dites minoritaires cela provoquera par la suite une mort lente de ces cultures. A l'occasion des négociations du cycle d'Uruguay, les pays en développement ont démontré que les questions de libéralisation posent problème à la préservation de l'identité de certains peuples de cultures dites minoritaires.

En conséquence : plutôt que de favoriser l'interpénétration des cultures, les difficiles négociations du cycle d'Uruguay démontrent que la mondialisation ne profitera pas aux cultures dites minoritaires ; au contraire, elle pourrait provoquer leur lente disparition, assurant ainsi la suprématie de la culture dominante. Or, un monde uniforme sur le plan culturel est un monde ennuyeux. La culture est par excellence le domaine dans lequel la diversité est source de recherche et d'expression de tout un peuple.

Plus il y a de cultures, plus le monde est diversifié, plus il y a cette envie de découvrir. S'il n'y avait qu'une seule culture, personne n'envisagerait d'aller vers l'autre. C'est pourquoi, nous sommes d'accord avec la démarche de l'Unesco qui vise à préparer une convention internationale sur le respect de la diversité culturelle.

Diarra Oumou Armand Sangaré
13 Octobre 2004.


Editor: jeanmarie.volet@uwa.edu.au