Delphine Tsanga
Ancien Ministre des Affaires sociales et auteur de deux romans
Un entretien réalisé par David Ndachi Tagne
  Yaoundé, août 1996  

... Il y a plusieurs facettes à la vie de Madame Zanga-Tsogo: femme politique, femme économique, femme littéraire, mais toujours femme d'une très grande envergure. Commençons donc, si vous le voulez bien, par la femme politique. Il y a vingt, vingt-cinq ans, vous étiez ministre, vous étiez la seule femme au gouvernement camerounais et vingt-cinq ans après on retrouve encore une seule femme dans ce gouvernement; est-ce qu'on n'a pas l'impression que la femme n'évolue pas suffisamment du point de vue politique au Cameroun ?

Je pense que ce n'est pas parce qu'il n'y a qu'une seule femme au niveau du gouvernement qu'il faut dire que la femme n'évolue pas. On a vu des gouvernements qui comprenaient plusieurs femmes, mais cela n'a pas changé grand chose dans la situation de la femme au Cameroun. Ce qu'il faut constater c'est qu'il y a évolution dans d'autres domaines. Maintenant on rencontre des femmes un peu partout, dans la magistrature, dans la police, dans l'armée, à la gendarmerie, des choses qui étaient inconcevable dans le temps; je pense qu'il y a évolution. Ce n'est pas parce qu'il n'y a qu'une seule femme au niveau du gouvernement qu'il faut dire qu'il n'y a pas évolution.

Toujours est-il qu'au niveau politique, pour rester dans le champ politique, on ne voit pas de femmes leader politique, leader de parti; est-ce qu'elles auraient peur de s'engager, de créer des formations politiques et de prendre les devants ?

Je pense que si la femme n'est pas leader politique, ici, c'est qu'à un moment donné on a relégué les femmes au domaine social et qu'elles n'ont pas été encouragées à se lancer dans la politique pure. Vers les années 1966, les Camerounaises étaient assez bien représentées, elles avaient leurs organisations et allaient même à l'extérieur représenter leur pays. Et puis, à un moment donné, l'évolution politique générale a fait qu'on s'est retrouvé avec un seul parti politique qui ne pouvait pas supporter d'avoir une force qui ne soit pas contrôlée par lui. Ce qui fait qu'on a intégré les femmes dans le parti, non pas en tant qu'individus, mais en tant que groupe, et c'est sur ce groupe que le parti s'est énormément appuyé pour faire avancer ses objectifs. Personnellement, je reproche aux Camerounais et aux partis politiques camerounais d'avoir repris ce chemin...

Aujourd'hui encore on a l'impression que les partis politiques, y-compris le parti au pouvoir, le RDPC, essaient de gagner les voix des femmes à des fins electorales, mais les femmes sont-elles satisfaites de contribuer simplement de cette manière-là à la vie politique ?

Je pense que non, elles ne sont pas satisfaites parce qu'on a vu ce qui s'est passé pendant les élections communales: les femmes étaient têtes de listes, on s'est appuyé sur elles pour faire passer certaines formations politiques, et puis finalement, on les a évincées et on n'a pas de femme maire ! C'est aberrant. Vous avez été tête de liste, vous gagnez mais finalement vous n'avez pas la mairie; et c'est même rare de trouver des femmes adjointes au maire. Ce n'est pas normal. C'est pourquoi que je dis que les partis politiques ne devaient pas prendre comme modèle l'ancien parti unique. Vous avez dans chaque parti une aile féminine et une aile de jeunes et ces organes annexes empêchent la participation des femmes à part entière. Elle ne sont plus là que pour danser, pour animer, pour faire du social; maintenant on les encourage à créer des organisations non-gouvernementales, tout simplement pour se débarrasser de la femme sur le plan politique, moi je pense que la femme devrait être responsable politique au même titre que l'homme ! Ce n'est pas simplement au moment des élections qu'on devrait faire appel aux femmes parce qu'on sait qu'elles sont militantes et très engagées. C'est tout le temps. Hélas, de nos jours, au moment où les choses sérieuses commencent, on ne tient plus compte de leur avis, et ça, ce n'est pas normal.

Alors aujourd'hui que vous êtes dans votre retraite, quelle est votre implication personnelle dans la politique au Cameroun ?

C'est vraiment difficile parce que nous sommes une génération qui a été pratiquement éjectée de la scène politique à un moment donné, on aurait dit que tous ceux qui avaient travaillé avec l'ancien président étaient des personnes honnies, que c'étaient des personnes vendues, qui n'étaient pas patriotes ou bien qui avaient toutes participé au coup d'état. Voyez-vous, c'est une impression très désagréable que d'être finalement montrée du doigt, après avoir travaillé pour son pays. Et puis, moi je pense que le changement n'est pas encore vraiment arrivé, un changement politique réel. Il y a encore beaucoup de gens qui pensent comme si la politique ne concernait qu'un seul parti. Voyez-vous, ils refusent de comprendre que la politique n'est pas une affaire de personne; ce n'est pas parce qu'on a travaillé avec le Président Ahidjo qu'on doit être cataloguée comme étant une personne qui n'a pas de sentiment patriotique ! Il en avait ! Nous avions tous, des sentiments patriotiques; nous avons été élevés dans un esprit d'indépendance, nous nous sommes battus, déjà jeunes, oui, nous nous sommes battus, sans doute plus que les jeunes d'aujourd'hui qui pensent que nous ne devons plus participer à la vie politique.

Au Cameroun, beaucoup de choses s'analysent en terme de tribalité et on a pensé à un moment que vous auriez pu jouer une sorte de carte tribale pour pouvoir vous réinsérer dans la machine politique d'aujourd'hui. Que pensez-vous de tout le débat sur le tribalisme qui, aujourd'hui, secoue le Cameroun ?

Je suis étonnée de vous entendre dire ça, parce que je ne me suis jamais considérée d'abord comme une personne appartenant à une tribu. Lorsque j'étais jeune, c'était d'ailleurs un sentiment que je ne connaissais pas, d'abord parce que je ne suis pas née dans 'ma' région: je suis née à l'Est, et ensuite parce que je n'y ai pas grandi, ce qui fait que mes meilleurs amis ne sont pas d'ici. J'ai découvert le centre après, alors que j'étais déjà suffisamment âgée pour pouvoir juger par moi-même. Je pense que le tribalisme c'est un faux problème, c'est un faux débat. Il faut que les gens apprennent d'abord à vivre ensemble. Nous, nous ne pensions pas tribus, on pensait Cameroun. J'ai été présidente nationale des femmes et je me suis comportée comme présidente nationale des femmes, je n'ai pas privilégié ma région. J'avais avec moi des filles de toutes les provinces et j'encourageais les filles de toutes les provinces, pourvu qu'elles aient les moyens voulus pour faire ce qui était à faire. J'encourageais tout le monde ! Je pense que le Cameroun est un pays où il existe une multitude de tribus, mais nous sommes Camerounais avant toute chose. Je ne vois pas pourquoi, maintenant, cette histoire de tribus devrait gêner l'évolution de notre pays et je le regrette, je regrette que vous les jeunes, vous qui avez été élevés dans un esprit patriotique, dans un esprit où on vous parlait d'abord et avant tout du Cameroun, que vous reveniez maintenant à la tribu, vraiment je suis peinée, cela me désole.

Aujourd'hui, on parle également de la fonction ministérielle avec une sorte de dépréciation. Est-ce que vous avez l'impression qu'être ministre il y a vingt, vingt-cinq ans comme vous représentait autre chose que d'être ministre aujourd'hui ?

En tout cas, vous savez qu'à notre é nous avions la confiance de la personne qui nous mettait là. Et fort de cette confiance nous pouvions faire des choses, nous pouvions prendre des décisions, engager le pays à l'extérieur pourvu que ce soit dans l'intérêt du pays. On nous donnait la possibilité de travailler sans avoir peur d'être désavoué. Si j'en crois ce que j'entends, je pense que maintenant le plus gros problème c'est la crainte d'être désavoué. C'est pour ça que beaucoup de gens ne prennent plus d'engagements, ne prennent plus de risques. Parce que le désaveu, lorsque vous avez des responsabilités, c'est quelque chose de difficile à digérer; lorsque ... vous ne pouvez pas compter sur une couverture suffisante.

Pensez-vous que les rapports que vous, ministres de l'époque, aviez avec le président Ahidjo, ne sont plus du tout les mêmes rapports que les ministres ont aujourd'hui avec le président Biya ?

Vous savez, je suis mal placée, je ne peux vous parler que de ce que je sais. A l'époque, un ministre était régulièrement reçu par son président. Il discutait de ses projets avec lui et rendait compte régulièrement de ce qu'il faisait. Je ne sais pas actuellement si les mêmes rapports existent, peut-être parce que la structure gouvernementale a changé avec le rôle joué par le Premier ministre. Ce n'est pas que le Premier ministre n'existait pas avant mais à ce moment-là c'était la présidence qui avait la primauté sur le Premier ministère. Il est possible que maintenant ce soit différent, que ce soit le premier ministre qui soit proche des ministres et que le président, semble-t-il, ne rencontre que rarement ses ministres, mais ce n'est qu'une impression: moi aussi je suis hors du Gouvenement et je ne sais pas ce qui se passe dedans.

Madame Tsanga, alors que vous étiez Ministre, vous avez publié un ouvrage littéraire intitulé: 'L'Oiseau en cage'. Est-ce que ce livre avait rapport avec vos activités, à savoir votre poste de ministre des affaires sociales, votre poste de ministre chargé du problème des femmes; 'l'oiseau en cage' est-ce une image de la femme en cage ?

Je crois que vous avez trouvé. Ekobo, le personnage principal, est comme un oiseau en cage. Elle voudrait bien améliorer sa situation, elle voudrait bien pouvoir s'exprimer, elle aimerait faire beaucoup de choses, mais la société s'y oppose et Ekobo se retrouve e dans une cage où elle tourne en rond; elle ne sait pas comment faire pour en sortir, pour s'épanouir; je crois que c'est ça un peu.

Au début du roman, vous faites également référence, avec une pointe d'ironie, à l'écriture biblique; Est-ce à dire que pour vous la religion est également contraignante pour la femme ?

Vous savez que la religion chrétienne est issue d'une civilisation précise. Beaucoup de pays l'ont adoptée avec toutes les coutumes de cette civilisation et de son peuple. Ce qui est vexant, c'est de voir que par la suite l'oppression qui s'exerce sur la femme se fait justifier par la bible. On oublie que dans nos civilisations, parfois, la société avait un autre point de vue sur les problèmes que rencontrent les femmes. Ici, nous savons que la femme avait une certaine liberté. Certaines filles ne pouvaient pas partir de chez leur père parce que celui-ci les avait désignées pour résider chez lui afin de participer à la gestion de la famille.
Ailleurs, on péférait les filles mères aux pucelles. Les cérémonies initiatiques des femmes avaient plus de valeur aux yeux de la communauté pour résoudre les problèmes de la vie du groupe. La femme pouvait quitter un mari méchant dès qu'elle avait la possibilité de faire rembourser sa dot.
Beaucoup d'Africains expliquent l'oppression qu'ils exercent sur la femme par les récits de la genèse qui la traite comme l'appendice de l'homme et pourtant ils réfutent la théorie de l'apartheid qui se base aussi sur les récits de la même bible.

Pensez-vous qu'aujourd'hui la chefferie traditionnelle a encore sa place dans notre société ? Et puis est-ce que cela signifie que la femme n'a pas accès à ce pouvoir ?

La société change sans cesse, nous devons tenir compte de l'évolution et je ne pense pas que les chefferies soient une mauvaise chose. En ce qui concerne les femmes, il y a dans certaines familles des femmes qui ont été désignées comme cheffes et je ne vois pas pourquoi on dirait que c'est absolument impossible. Si on tient compte de ce qui se fait ailleurs, il y a des Reines ! Pourquoi voulez-vous que les femmes ne soient pas en mesure de gérer une communauté ! Je pense que le problème de fond, c'est que chez nous, lorsqu'une femme est mariée, elle ne peut pas revenir en arrière et gérer la communauté de son père. Je crois que c'est ça, le problème de fond, le problème qui reste entier. Je vous disais qu'il y avait des gens qui désignaient des filles pour rester cheffes de leur famille, mais ces filles ne se mariaient pas et elles restaient sur place. A un moment donné on trouvait même beaucoup de filles-mères parce que les gens qui avaient une fille unique décidaient qu'elle devait continuer la lignée de son père! Elle ne se mariait pas mais faisait des enfants pour hériter de leur grand père.

Que ce soit dans votre carrière de ministre des affaires sociales ou dans votre écriture, vous semblez toujours revenir à la problématique féminine, la femme chosifiée, la femme en difficulté ?

Je pense que c'était normal. Pendant vingt ans, je me suis occupée des femmes, j'ai été sollicitée en permanence, j'ai été la confidente de tout le monde. Les femmes venaient vers moi pour m'exposer leurs problèmes, et je voulais faire entendre leurs voix. J'avais contacté un certain nombre de camarades qui avaient une très très belle plume, mais elles avaient peur du public, elles avaient peur du qu'en-dira-t-on, elles avaient peur de la critique. Alors, comme je disais souvent en blaguant que ça ne changerait rien à ma situation de me griller un peu plus ou un peu moins, je me suis jetée à l'eau et j'ai décidé de prêter ma voix à ces dames, d'écrire pour exprimer leurs problèmes. J'avais demandé aux femmes si elles me permettaient d'écrire tout cela et la plupart des épisodes de 'Vies de femmes' sont des épisodes vrais. Les lettres sont de véritables lettres, je ne les ai pas inventées. J'ai seulement changé les noms et puis les lieux. Ce qui m'a le plus amusée, c'est que lorsque 'Vies de femmes' est sorti, beaucoup de personnes ont reconnu une sœur, une cousine, une tante mais ils n'ont jamais reconnu leur femme. Lorsque je leur demandais : Et votre femme? ils me répondaient systématiquement que 'non, non, non', leurs propres femmes ne se trouvaient jamais dans ces situations-là.

Comment trouviez-vous assez de temps pour écrire à une époque où vous aviez déjà de grandes charges politiques ?

Vous savez, lorsqu'on a beaucoup de travail, il faut choisir un loisir : c'était mon loisir. Lire ... et plus tard écrire. J'écrivais partout et j'ai pratiquement écrit les deux livres en même temps. Il m'arrivait de penser à quelque chose en conduisant, d'arrêter ma voiture et de rédiger mon paragraphe. J'ai écrit comme ça. A l'époque, c'était devenu une passion et je regrette un peu qu'en ce moment, je sois moins passionnée dans l'écriture; peut-être parce que je n'ai plus la même régularité dans mes occupations. A ce moment-là, j'avais un horaire de travail, j'avais un horaire pour rentrer à la maison. J'avais un horaire vraiment précis alors que maintenant que je suis retraitée, les horaires sont plus lâches, c'est plus élastique et je me discipline moins.

Est-ce à dire que la fin de la carrière politique a mis fin à la carrière littéraire ?

Je ne pense pas (rire). Mon intérêt pour la littérature précède ma carrière politique. J'ai été élevée par un père qui m'a beaucoup marquée. A une époqueon où on obligeait les filles à arrêter les études tôt, il me faisait lire du Victor Hugo et voulait absolument que je sois cultivée. Il avait fait l'Ecole Supérieure, ce qui était le niveau d'instruction le plus élevé de son époque, et il nous a toujours encouragé à lire, ce qui fait que la lecture est devenue une passion. J'ai toujours admiré les gens qui écrivaient et quand j'ai eu l'occasion de m'y mettre, je n'ai pas vraiment hésité. En ce moment, j'ai un livre que j'ai commencé depuis longtemps. Comme je vous le disais, le problème, c'est que je n'ai plus la même discipline qu'avant. Je me lève quand je veux, je sors quand je veux, et ce petit désordre dans mon programme de vie m'empêche d'avancer ... Il y a aussi les autres choses qui me passionnent en ce moment...

Vous parlez sans doute de la passion pour l'environnement qui vous a animée depuis que vous avez pris votre retraite et de votre fabrication de jus de fruits ?

Je m'intéresse depuis très longtemps à la transformation dans l'agro-alimentaire. J'aime l'agriculture où j'ai dépensé beaucoup d'argent sans résultat. En ce qui concerne les fruits, je m'y suis intéressée avant tout le monde et j'ai essayé d'y intéresser beaucoup d'autres personnes. J'ai commencé à m'intéresser à ce que nous appelons le balsamier, l'Atom, et j'ai contacté des personnes au ministère de la recherche scientifique et technique pour leur demander s'ils pouvaient m'aider à mettre au point un jus de cerises de nos forêts. Ils ont accepté et pendant presque deux ans, nous avons travaillé là-dessus et j'ai finalement déposé un brevet. C'est passionnant, aussi passionnant que la politique ... On vous oblige à faire des tests, on vous oblige à contacter les gens, on vous oblige à étudier telle ou telle chose, des choses que je ne connaissais pas et qui finalement m'ont appris à faire des jus à partir de tous les fruits que je peux rencontrer maintenant. Mon souhait est de faire connaître et de valoriser ce que nous avons dans la forêt, parce que la forêt est une Mère nourricière que nous avons énormément négligée. J'ai créé une association pour la protection de toute les plantes et fruits comestibles de la forêt afin de les valoriser. Je me suis rendu compte qu'on parle beaucoup de sous-alimentation. C'est simplement que nous ne savons pas exploiter ce que nous avons. Et puis on nous a fait croire que ce que nous mangions n'était pas bon puisque c'étaient des choses 'indigènes', comme on disait, et nous avons eu le malheur de tout abandonner pour nous mettre aux nouilles ou au riz ! ... alors que la forêt regorge de nourriture ! regorge de choses que nous pouvons exploiter. Je pense qu'il est grand temps de recenser tout ce que nous avons à disposition dans la forêt.

Partir d'un fauteuil de ministre pour se retrouver aujourd'hui dans la petite industrie et les jus de fruits, c'est un changement radical. Comment vous sentez-vous par rapport à cette mutation ?

J'ai connu un monsieur pour lequel j'ai eu beaucoup d'admiration. Son fils était ambassadeur ici, un Brésilien; ce monsieur très amusant me disait tout le temps : 'Madame vous savez, dans ma vie j'ai fait soixante métiers.' Je pense que dans la vie, il ne faut pas s'arrêter à un ou deux métiers. Il faut faire autant de métiers que possible, parce que ça régénère. Je me sens bien lorsque je change d'activité. Ça fait peut-être partie de mon tempérament: changer complètement d'occupation, me retrouver, apprendre, me mettre à découvrir autre chose ... c'est peut-être dû à ma nature curieuse.

Cependant beaucoup de gens s'étonnent : la femme ministre d'hier, aujourd'hui femme du monde, femme commune; est-ce que vous êtes heureuse, est-ce que vous êtes riche, est-ce que vous êtes une femme avec ses problèmes aussi ? Quel type de femme êtes-vous ?

Je reste la même. Je suis la même parce que je suis issue d'une famille qui m'a toujours fait comprendre que dans la vie, il ne faut pas se faire une grosse tête. Mon père a occupé des postes importants mais ça ne m'a jamais donné la grosse tête. Quand je me présentais comme étant la fille de Monsieur ZANGA Marcel – parce qu'à cette époque-là il a quand même été le seul Camerounais à intégrer les cadres de la France d'Outre-mer sans avoir jamais été en France, rien que par son travail et ses qualités d'administrateur – il me disait : 'ma fille, si tu veux avoir un nom, fais-toi un nom ! Ne va jamais te présenter en public comme étant la fille de ZANGA Marcel, parce que moi, j'ai travaillé pour mériter ce que j'ai'. J'ai dit la même chose à mes enfants. Je ne sais pas s'ils l'ont retenu. Et puis, même quand j'étais ministre, j'allais dans mes plantations, je plantais comme tout le monde, le samedi, je faisais mon ménage à la maison et je faisais mon marché, ce qui fait que je ne me suis jamais sentie autrement, je me sens toujours la même. Je n'ai pas changé.

Et vos enfants, ne sont-ils pas exigeants vis-à-vis de maman qui a été ministre, ne demandent-ils pas un certain standing ?

Je ne pense pas qu'ils aient besoin d'un standing spécifique ... s'ils veulent un certain standing, qu'ils se le créent ! Ce n'est pas à moi de le leur donner! Le standing, ce n'est pas mon père qui me l'a donné. Je vous l'ai dit. Et c'est ce que j'ai toujours dit à mes enfants: 'si vous voulez vous faire un nom, si vous voulez avoir un nom, faites-vous un nom !' Ils le savent. ! Si l'un d'eux voulait faire la grosse tête, que ce ne soit pas avec mon nom parce que je ne leur appartiens pas. Ils sont eux, je suis moi. J'ai fait ce que j'ai voulu et ce que j'ai pu de ma vie. A eux de se débrouiller pour faire la leur.

Madame Tsanga, merci de nous avoir reçu aujourd'hui.


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Editor (jvolet@cyllene.uwa.edu.au)
The University of Western Australia/French
Last updated: Wednesday, 25-Nov-1996.
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